Parler sereinement en réunion, faire entendre sa voix, défendre ses idées : pour beaucoup, cela semble relever de l’évidence. Pourtant, lorsqu’un homme prend la parole pour expliquer, parfois avec maladresse mais souvent avec assurance, à une femme ce qu’elle sait déjà, une mécanique de domination subtile se met en place. Ce phénomène, appelé mansplaining, se glisse dans nos échanges professionnels. Décorrelé de l’intention malveillante, il s’enracine malgré cela dans les représentations du pouvoir, mettant à mal la confiance et la légitimité. Savoir le reconnaître et agir devient indispensable pour restaurer un dialogue véritablement respectueux. Tour d’horizon détaillé de cette pratique et, surtout, solutions argumentées pour ne pas rester silencieuse sans pour autant entrer dans l’escalade.
Qu’est-ce que le mansplaining ? Une mise au point essentielle
Le mansplaining combine « man » (homme) et « explaining » (expliquer). Ce mot a émergé sous la plume de Rebecca Solnit dans « Men Explain Things to Me ». Son ouvrage, fruit d’une expérience personnelle frappante, a permis de mettre des mots sur une réalité que d’innombrables femmes de toutes générations partagent sans forcément l’identifier. Il s’agit d’un comportement où, lors d’une conversation, un homme interrompt ou explique, croyant informer alors qu’en réalité il infantilise. Cela ne relève pas d’un simple malentendu. Ce schéma puise dans des dynamiques sociales ancrées de longue date, fréquemment observées en entreprise mais déclinées dans toutes les sphères publiques.
Le message à faire passer dans ce contexte reste limpide : l’identification du mansplaining permet d’avancer vers un environnement de discussion mieux équilibré.
Contexte et impact : pourquoi le mansplaining pose problème ?
Le mansplaining influe bien au-delà de la simple interaction verbale. Progressivement, il engendre des conséquences lourdes pour l’ensemble du collectif. En voici quelques-unes, souvent sous-estimées mais déterminantes pour la qualité des échanges :
- Affaiblissement de la crédibilité : Les apports des femmes passent trop souvent au second plan, alors qu’elles maîtrisent leur sujet.
- Baisse de la confiance en soi : À force d’interruptions ou de corrections, la prise de parole se fait plus hésitante et moins régulière.
- Appauvrissement des débats : Un environnement où une partie des intervenants s’autocensure finit par frustrer tout le monde et nuire à la circulation des idées.
À la longue, ces effets minent l’engagement et la cohésion. Plusieurs femmes témoignent d’avoir fini par limiter leurs interventions, se sentant systématiquement jugées ou corrigées. Un cercle vicieux s’installe alors : moins d’expression, moins de reconnaissance, moins de progression pour l’ensemble du groupe. À ce titre, nombreux sont les managers qui, alertés sur la question, s’efforcent désormais de poser un cadre plus respectueux lors des échanges collectifs.
Comment déceler le mansplaining dans une conversation ?
La frontière entre pédagogie et condescendance peut sembler ténue, voilà pourquoi repérer le mansplaining requiert d’être attentif à certains signaux :
- Une même personne, la plupart du temps un homme dans ce contexte, a tendance à couper la parole, souvent pour corriger ou développer des évidences.
- Un ton paternaliste voire ironique apparaît, suggérant que l’autre n’a peut-être pas compris ou n’aurait pas toutes les compétences requises.
- Des explications sont offertes sans demande expresse alors que l’interlocutrice affiche une parfaite maîtrise du sujet traité.
Paradoxalement, ceux qui pratiquent le mansplaining n’en ont pas toujours conscience. L’habitude, la routine professionnelle, ou simplement la volonté de bien faire peuvent masquer au regard l’impact réel de ce genre d’intervention.
Erreurs fréquentes dans la gestion du mansplaining
Face au mansplaining, il arrive trop souvent que l’on tombe dans l’un de ces trois pièges :
- Opter pour le silence : Par crainte de déranger ou de s’exposer, beaucoup de femmes préfèrent se taire, laissant perdurer la situation.
- Répéter ses arguments en criant plus fort : L’escalade du volume ou de la tension profite rarement à la crédibilité générale de l’échange.
- Manquer d’affirmation dans la réponse : Un ton mal assuré ou une réponse hésitante finit souvent par renforcer le déséquilibre de départ.
Une astuce largement partagée par des professionnelles du secteur : s’autoriser à formuler, sans animosité mais sans détour non plus, ce qui vient de se produire. Cette posture modifie souvent immédiatement l’atmosphère du dialogue.
10 réponses pratiques pour contrer le mansplaining
Dans un environnement professionnel ou associatif, il devient vite utile de pouvoir s’appuyer sur quelques phrases simples et efficaces, à adapter selon le contexte. Voici dix scripts à garder en tête :
Script 1 : Reprendre la parole calmement
« Merci, je n’avais pas terminé. Puis-je finir mon intervention ? »
Script 2 : Utiliser l’humour
« Amusant, j’ai justement lancé ce projet, ça tombe bien ! »
Script 3 : Se recentrer sur le sujet
« Permettez-moi de conclure mon propos, on pourra ensuite échanger sur d’autres points. »
Script 4 : Identifier le comportement
« Je pense avoir été claire sur ce point, précisons si besoin. »
Script 5 : S’adresser au collectif
« Ce point intéresse tout le monde, qui souhaite ajouter une précision ? »
Script 6 : Choisir le questionnement
« Est-ce que ma réponse vous semble différente de ce que j’ai justement souligné ? »
Script 7 : Appuyer sur sa compétence
« Je travaille sur ce dossier depuis longtemps, voici le contexte exact. »
Script 8 : Instaurer un silence
Rester calme, croiser le regard du groupe, attendre que l’interlocuteur se rende compte de la situation.
Script 9 : Reformuler de manière directe
« Je souhaite revenir sur ce que j’ai commencé à exprimer. »
Script 10 : Préparer ses interventions à l’avance
Prendre le temps d’anticiper les questions classiques pour rester solide, quoi qu’il arrive.
Ces réponses s’inscrivent dans une démarche de respect mutuel. Certaines femmes racontent que, la première fois qu’elles ont osé une réplique préparée, la situation s’est nettement apaisée. L’habitude vient ensuite, petit à petit, avec la pratique.
Que faire face à un comportement inconscient ?
Souvent, le mansplaining survient sans arrière-pensée. Mettre les choses à plat sans déclencher une réaction de défense constitue alors le meilleur levier. S’appuyer sur les faits, rappeler le sujet abordé, peut ainsi ouvrir la discussion. Lorsque la situation le permet, solliciter un collègue neutre aide à recadrer le débat. Au fil des échanges, on observe que la dynamique du groupe évolue doucement : ce sont généralement les réactions collectives qui pèsent le plus sur les comportements individuels.
Rebecca Solnit et l’histoire derrière le terme
Le concept de mansplaining doit énormément à une anecdote devenue célèbre. Invitée à une soirée, Rebecca Solnit évoque un livre qu’elle a elle-même rédigé. Un interlocuteur, persuadé de mieux savoir, lui explique le contenu… ignorant tout du fait qu’il parle à l’autrice elle-même. Maudite ironie du réel : loin d’être un cas isolé, cette situation s’est imposée comme un miroir des expériences vécues par bien des femmes. C’est grâce à ces mots mis sur l’invisible que la question du mansplaining gagne aujourd’hui en visibilité à travers diverses cultures et générations.
Questions fréquentes
Comment réagir si je suis témoin de mansplaining ?
Redonner la parole à la personne interrompue de manière simple, du style : « Revenons sur ce que disait [Nom], c’est important. »
Le mansplaining concerne-t-il aussi les jeunes générations ?
Le constat s’applique, hélas, aux plus jeunes également. Même si la prise de conscience progresse chez nombre de nouveaux professionnels, l’habitude reste difficile à éliminer. La formation et les échanges sur ce thème lors des ateliers RH le démontrent régulièrement.
Une femme peut-elle faire du mansplaining ?
Le mot désigne une réalité genrée, mais tout comportement qui rabaisse ou infantilise un interlocuteur — quelle que soit l’identité de genre — est à éviter. Dans tous les cas, instaurer le respect mutuel reste la priorité.
| Exemple de situation | Réponse adaptée |
|---|---|
| Un collègue vous coupe la parole en pleine réunion. | « Je souhaite poursuivre mon propos avant que nous poursuivions la discussion. » |
| Votre idée est reformulée par une tierce personne, sans être reconnue. | « Je vous remercie, c’était précisément ce que j’indiquais à l’instant. » |
Témoignage :
Laura, ingénieure dans une grande entreprise, raconte : « Pendant plusieurs années, je n’ai pas osé relever les interruptions. À chaque réunion, on reprenait mon point, on l’expliquait à nouveau devant tous. Jusqu’au jour où, après une formation sur la communication non violente, j’ai commencé à nommer la situation, calmement, sans colère – “Je pense que j’avais décrit ce point, puis-je continuer ?”. Étonnamment, l’effet a été immédiat : non seulement la réunion a repris son cours, mais on m’a souvent remerciée ensuite d’avoir osé remettre les choses à plat. Ce pas en avant a changé beaucoup de choses dans ma façon d’aborder l’équipe. »
FAQ
Comment déjouer le mansplaining face à un supérieur hiérarchique ?
Face à un responsable, l’enjeu paraît plus risqué. Suggérer posément, sans embarras, qu’on a compris le sujet — ou rappeler son implication directe — aide à désamorcer la situation, sans mettre la hiérarchie en difficulté.
Existe-t-il des formations sur la prise de parole en réunion pour éviter le mansplaining ?
Oui, différentes organisations proposent des ateliers ou séminaires. Ces modules abordent aussi bien la confiance en soi que la posture à adopter lors de discussions groupées et la capacité à pointer les débordements de façon constructive.
Que faire si le mansplaining persiste malgré vos tentatives de recadrage ?
En cas de répétition, il peut être utile d’en parler en dehors d’un contexte public avec la personne concernée. Parfois, un simple partage de ressenti suffit à faire évoluer la posture de l’autre. En dernier recours, solliciter les ressources humaines demeure une possibilité.
Peut-on confondre pédagogie et mansplaining ?
La nuance réside dans l’écoute des besoins de l’autre : demander d’abord si une explication est nécessaire, reconnaître l’expertise de l’interlocutrice, implique une posture beaucoup plus respectueuse. Le mansplaining, lui, suppose d’avance l’incompétence ou l’ignorance, ce qui crée la gêne.
Nombreux sont les professionnels, et non des moindres, à avoir déjà été témoins ou victimes de ces attitudes lors d’une session d’embauche ou même dans des réunions informelles. Sur le terrain, apprendre à les contourner, à inverser la dynamique, demande du courage, mais aussi de l’entraînement.
| Situation | Script à utiliser |
|---|---|
| Lorsqu’une explication superflue est donnée sur un sujet maîtrisé | « Merci, je m’occupe précisément de cet aspect dans l’équipe depuis plusieurs mois. » |
| Quand votre intervention est recadrée de façon injustifiée | « Ma remarque tendait à apporter un éclairage complémentaire, puis-je m’expliquer ? » |
Sources :
- rebeccasolnit.net
- lemonde.fr
- observatoireegaliteparite.com

